« Car enfin, ce tiers-monde ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, veut, lui aussi, être quelque chose ». Alfred Sauvy, 14 aout 1952

 

En quelques années, le monde entier a vu exploser l’utilisation d’Internet avec les objets connectés et les réseaux sociaux. En 2017 en Europe, sont comptabilisés 76 % d’internautes sur la population totale, soit 3 % de plus qu’en 2016 mais c’est aussi 49 % d’utilisateurs de réseaux sociaux soit 5 % de plus qu’en 2016. A l’échelle de la planète, en moyenne, il y a eu une hausse de 482 millions de personnes utilisant les réseaux sociaux en 2017, soit 21 % d’augmentation entre janvier 2016 et janvier 2017[1]. Et ces chiffres sont en constante croissance sur l’intégralité du Globe. Internet est de plus en plus utilisé. Et dès lors qu’une majorité de personne utilise une technologie ou est victime d’un même phénomène, les actions gagnent en ampleur et en revendications. La Révolution française est un bon exemple de ce phénomène. L’opposition menée par le Tiers état (défini par Alfred Sauvy), malgré son manque de moyen, avait la majorité des citoyens pour s’opposer à la minorité. Et aujourd’hui, le monde entier assiste à une révolution de l’Internet. Et tout comme le roi au XVIIIe siècle : Internet n’est plus, vive Internet.

Cela fait référence à une idée importante du rôle de l’internaute dans la gouvernance de l’Internet, décrite entre autres par Franck Pasquale[2]. L’internaute n’est pas qu’un consommateur, une mine de données ou un client. Il a un rôle de régulation de l’Internet, de par l’argent qu’il représente mais surtout par la taille du groupe que forment les internautes. En effet, en ayant lu et étudié des œuvres comme 1984 ou Le Meilleur des Mondes (mais aussi les ouvrages d’Asimov ou de Philip K. Dick), les internautes savent quelles dérives peuvent émaner de la technologie et d’un réseau mondial connecté. Ainsi, lors des révélations Snowden, de nombreux liens logiques ont été faits avec ces œuvres mythiques de la Science-fiction, faisant craindre la réalité d’un Big Brother américain. Et cette connaissance ancrée dans l’esprit des internautes – dans la majorité en tout cas – est un frein aux dérives totalitaires. Ce phénomène, appelé le “Self-preventing prophecy “ (dilemme du prophète) démontre ainsi que si un certain nombre de personnes sans autorité quelconque prend conscience du danger que représente un phénomène, alors la prophétie qui voulait que ce phénomène se réalise, n’arrivera pas. Et en l’espèce, la prophétie semble être celle d’un Internet mondial permettant une surveillance généralisée, et la destruction de la vie privée. Il est donc du ressort des internautes, en tant que citoyens, de prendre conscience de cela et d’empêcher cette fatalité.

Mais le citoyen, en tant qu’internaute a également un rôle – qu’il prend de plus en plus à cœur – de constructeur de l’Internet. Aujourd’hui, avec les plateformes collaboratives, les blogs, les réseaux-sociaux, et la connectivité massive, le citoyen a son mot à dire. Dans les États où la censure n’est pas appliquée, il est facile de se faire entendre, d’organiser un événement ou de publier des informations accablantes. D’autant qu’avec la loi Sapin II[3], les entreprises devront mettre en place à partir de 2018 un système pour les lanceurs d’alertes faisant intervenir de manière anonyme un tiers de confiance pour assurer la protection des salariés. Il y a donc une volonté politique et juridique, sous l’influence des révélations Snowden et Manning, de garantir une transparence de la vie économique, au moins en France. Pour ce qui est de la vie politique ou militaire, cela est plus compliqué puisque le secret d’État est presque inattaquable juridiquement. Il y a donc une protection grandissante de l’internaute, lui permettant d’exercer son contre-pouvoir sur la gouvernance de l’Internet.

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[1] Chiffres de We are social, Digital in 2017 Global Overview, janvier 2017.

[2] Franck Pasquale, Black Box society

[3] LOI n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique.


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